La petite communiste qui ne souriait jamais – Lola Lafon

Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux jo de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ?


Le hasard fait parfois bien les choses. Alors que je cherchais le nouveau livre de Lola Lafon, je suis tombé sur celui-ci sans vraiment savoir de quoi il parlait. Un livre qui est très vite devenu un coup de cœur pour finir une excellente année lecture 2017.

La petite communiste qui ne souriait jamais retrace le parcours étonnant d’une petite gymnaste de quatorze ans, roumaine, Nadia Comaneci ayant remporté la médaille d’or en 1976. Le livre commence par les Jeux olympiques qui lui auront fait remporter le titre et ainsi découverte au monde entier. Dès lors, Nadia C n’est plus une enfant, mais un corps au service de la politique de son pays. On se rend très vite compte que l’intérêt principal de la Roumanie est bien le rayonnement de son pays aux yeux du monde et d’écraser la puissante Russie, alors championne jusqu’alors des titres.

Nadia Comaneci

Lola Lafon a choisi pour ce faire des chapitres court, qui donne ainsi la sensation d’avancer dans le livre et donnant par la même l’envie de poursuivre. Il devient ainsi très vite addictif. C’est un livre que j’ai trouvé assez dure, car il montre tout ce que cette gymnaste a supporter pour son propre pays, chose tout à fait normal pour elle. La politique y est montrée féroce et sans états d’âme. Il est très difficile de ne pas avoir de sentiment ou au moins de ne pas réagir face à la vie de Nadia et de ses collègues. Le monde du sport y est dur et ne fait clairement pas de cadeaux à ses sportives. J’ai très souvent arrêté ma lecture afin de voir les différentes vidéos montrant Nadia et c’est fascinant ce qu’elle pouvait faire à son âge là où d’autres avant elle n’aurait jamais osé.

Les parents d’une héroïne telle que notre Nadia doivent être irréprochables, si ceux-là ne conviennent pas, eh bien on changera de parents.

Le décret 770… c’était… une guerre contre les femmes… en 1966, Ceauçescu a fait interdire l’avortement, il voulait de nouvelles générations élevées sous idéologie exclusive. Ça a marché quelques années, on appelait ces nombreux bébés les decreteii

Au-delà du sport, c’est aussi tout un pays qui est présenté, comment celui-ci est tombé dans une dictature et comment son peuple le vivat. Et puis il y a la chute du communisme et de l’URSS ainsi que des pays limitrophes. Finis le symbole de réussite communiste, Nadia devient l’exemple d’un mouvement et d’un souvenir qui ne doit plus exister. J’aime ce type de livre qui amène les choses sans prendre des gants. La réalité est là, il faut la montrer.

 

En conclusion, on a un livre très bien mené où même les entretiens fictives servent le propos et apporte de la compréhension et de l’humain là où il n’y en a plus. La Petite communiste qui ne souriait jamais, me conforte dans l’idée de découvrir la parution récente de l’auteure et voir si la magie prend toujours. Un livre qui est donc à lire, que l’on aime ou non le sport (ou la politique), pour comprendre ce qu’un pays est prêt à faire à son peuple pour le rayonnement de ce dernier. Un coup de cœur pour l’histoire de cette jeune fille. Une sacralisation du corps de la gymnaste au service de la politique dictatoriale de la Roumanie durant la seconde moitié du XXe. Objet politique avant l’humain. Une vision de la Roumanie et du sport sans filtre.

 


Livre primé 

Prix Version Femina – 2015
Le Prix Jules Rimet sport et littérature – 2014
Prix des lecteurs de Levallois – 2014
Prix Littéraire d’Arcachon –2014
Grand Prix de l’héroïne, Madame Figaro – 2014
Le prix Ouest France / Etonnants Voyageurs – 2014
Prix de la Closerie des Lilas –2014

 


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Edition Actes Sud
320 pages
8 Janvier 2014

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3 commentaires sur “La petite communiste qui ne souriait jamais – Lola Lafon

  1. J’ai souvent croisé ce livre et j’ai toujours hésité mais ton avis change la donne car tu parles de politique, de la chute du mur de Berlin à travers cette enfant extraordinaire. J’ai étudié le russe et l’histoire de l’URSS – je me souviens de la chute du dictateur et des orphelinats .. Et je pense à mon beau-père féru d’histoire qui aimerait ce genre de livre. Merci ! Lola Lafon vient à Nantes présenter son dernier roman

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